
Ville biface, à la fois terrienne et maritime, Roscoff est depuis plus de deux siècles le foyer d’une aventure collective exceptionnelle. Au cours de la première moitié du 19e siècle, les Roscovites imaginèrent une solution originale à la pression démographique qui frappaient alors les campagnes bretonnes. Profitant des routes commerciales qui reliaient le port léonard aux côtes britanniques depuis le Moyen-Âge, des groupes d’hommes et d’enfants, constitués en « compagnies », prirent progressivement l’habitude de s’embarquer chaque été pour aller six mois durant vendre outre-Manche le produit des riches terres de la « Ceinture dorée ». Portant à l’épaule un bâton chargé de longues tresses d’oignons à l’alléchante robe cuivrée, ces maraîchers-colporteurs devinrent rapidement des figures incontournables des routes et des rues de l’Angleterre, du pays de Galles et de l’Écosse.
Faisant résonner leur slogan « Good onions very cheap » du cœur de Londres jusqu’aux Orcades, les marchands d’oignons de Roscoff frappèrent l’imagination de leurs hôtes au point de faire régulièrement l’objet d’articles de presse, feuilletons, romans, poèmes, dessins ou tableaux, et de se voir attribuer le surnom qui fait aujourd’hui la fierté de leur région d’origine : les « Johnnies ».
S’appuyant sur plus de quinze ans de recherches des deux côtés de la Manche, en archives et sur le terrain, Estelle Champeau vous invite à venir (re)découvrir l’épopée des « gars aux oignons », de la levée du Blocus continental en 1815 à la Libération de Paris en 1944.